« Lettre » à mes neveux – Notre combat sera le vôtre

Salut bébé Jo ; Salut futur Milhouse, c’est (super) Tata.

Aujourd’hui on est le 8 mars, et je suis contente : je n’ai presque pas reçu de promo spéciale « t’es une femme, tu veux forcément un deuxième, un troisième rouge à lèvres et une petite culotte assortie pour titiller ton homme car ça va forcément de soi que tu serais hétéro en plus ». Hum. J’espère que vous serez ado quand vous lirez ces lignes. Pas grave, on vous racontera.

Oui, en ce 8 mars 2019, je suis plutôt satisfaite. Des années qu’on crie – et par « on » j’entends surtout des femmes – que cette journée particulière c’est « la journée internationale des droits des femmes » ; et non de « la » femme car si on est de sexe féminin (ou transgenre, ou transsexuel or whatever tant que tu te sens femme – ça aussi on en parlera) et bien il n’y a pas qu’ « une » femme. Déjà, s’ il y avait « une » seule femme, croyez-moi elle serait déjà bien trop complexe pour vous. Non, mais c’est vrai, ça voudrait dire quoi « la » femme ?? Y’a pas la journée de l’homme ! Oh wait… si en fait. Y’a une nana qui a eu cette idée pour « l’équilibre entre les sexes »… Elle n’est pas encore officielle cette journée, (ça fait presque trente ans pour info) ; mais j’ai vraiment hâte aussi qu’on me dise c’est quoi «THE » man. En même temps on a tous nos soucis hein, c’est ça aussi le combat pour l’égalité

Seulement mes petits loulous vous apprendrez vite que longtemps les femmes ont été transparentes, aussi bien dans l’histoire que dans les lois, et qu’elles le sont encore à bien des égards (même dans certaines super puissances l’égalité n’est pas dans la constitution, c’est dire !). J’espère fortement que lorsque vous lirez ce texte cela aura bougé, mais en fait tata aimerait vous dire aujourd’hui de continuer son combat, nos combats à nous les femmes : notre combat à nous tous donc.

Aujourd’hui je suis contente car plutôt que de m’envoyer des promos comme chaque année, des marques m’ont envoyé de l’inspiration, de l’amour, de la confiance. Ca paraît aussi infime qu’ahurissant que ça me réjouisse non ? Et pourtant ce petit pas, c’est déjà une avancée en soi. C’est ne pas masquer les différents combats pour nos droits, c’est ne pas les déguiser derrière des communications sexistes, qui représentent elles-mêmes un combat quotidien.

Aujourd’hui, des marques – régies par le concept même de pub, d’économie, de capitalisme donc – m’ont envoyé non pas leurs derniers modèles ou des promos en mode « hey t’es une femme, c’est pas une journée pour parler de tes droits mais pour te faire raquer vu que c’est toi qui fais les courses » ; non , elles m’ont envoyé des portraits de femmes, elles ont préféré mettre en avant des femmes comme moi, comme vos mères, comme nos modèles, qui ont réussi à s’émanciper  de certaines règles, qui ont réussi à allier vie pro et vie perso – et ce n’est pas une mince affaire ; tiens rappelez-moi de vous parler de la notion de charge mentale d’ailleurs , ça vous sauvera que vous soyez hétéro bi ou homo .

J’ai eu plaisir à voir qu’on accordait enfin le devant de la scène à des femmes dans toute leur diversité ; qu’on se décidait ENFIN à m’envoyer les histoires de femmes capables de surmonter des montagnes, ambassadrices de différentes causes, femmes dont le parcours et le quotidien prouvaient encore que nous avons aussi des « couilles », que notre vagin a autant d’impact (ça c’est de la punchline !). Des femmes qui ont réussi à s’imposer dans des pays où les droits pour les femmes feraient déjà bien d’exister sur le papier. Des femmes qui sont parvenues à s’imposer aussi dans la France d’aujourd’hui.

Pas à s’imposer dans un monde d’hommes dans le sens « domaine d’hommes » non. Elle me gave cette expression. Rien de pire qu’être en 2019 et de se dire qu’encore aujourd’hui on parle de femmes qui ont réussi « dans un métier d’homme »…C’est super de montrer que les femmes peuvent tout faire, c’est moche de devoir encore le prouver et de parler de métiers d’hommes (tiens, coucou france tv info)Le simple fait de le préciser annihile tout le reste, non ? Le journaliste qui parle d’une femme qui réussit « dans un monde de mecs », c’est qu’il pense encore lui aussi qu’il s’agit d’un domaine pour les hommes, pour les gros bras pleins de testostérone, et cela revient donc à assimiler encore aujourd’hui à tous les lecteurs que ce serait un métier d’hommes, à contribuer à cette image, à jouer le jeu des clichés et d’une non-égalité des chances.

Dans quel monde vit-on pour qu’on pense encore qu’il y aurait une chose telle que « des métiers de mecs » ? Il y a des métiers où femmes et hommes m’impressionnent. La femme pompier (pompière) ne devrait pas plus impressionner que l’homme pompier. Ce qui est impressionnant c’est qu’elle doit en baver avec ses collègues, avec les clichés, les remarques et comportements misogynes, et que comme toutes les femmes elle doit jongler avec quarante choses à la fois et quarante attentes différentes. Oui, chapeau m’dame. Pas un métier facile, et la position de femme non plus : car on est dans une société de m***…achos. C’est ça qu’il faut changer ! Les mentalités.  Hier, aujourd’hui, demain. Encore, toujours.

Je suis pour un monde qui bouge. J’espère que quand vous aurez mon âge (p’tain, je serai vieille) vous ne verrez ni une footballeuse, ni une pompière ou mécano en vous disant « p’tain elle fait un métier de mec, chapeau m’dame ». J’espère juste que vous vous direz « oaw » elle est forte dans SON domaine, il en faut du courage et de la ténacité ; et que vous vous direz autant « oaw » pour une esthéticienne, une instit’, une infirmière ou une caissière. Que vous verrez aussi bien l’intelligence que la grâce chez beaucoup de femmes, qu’elles vous inspireront autant que certains hommes le feront.

Parce qu’en vrai, ce qui est « oaw » pour toutes les femmes, ce n’est pas forcément de faire un métier physique. Tout le monde ne peut pas le faire, et tous les hommes non plus pour rappel.  Non, ce qui est oaw c’est de réussir à trouver sa voie et à surmonter les épreuves dans un monde…pensé et régi par beaucoup trop d’hommes ; dans un monde où les femmes sont encore celles qui doivent gérer foyer et profession (et être bombasse, et être healthy, et faire du sport, et avoir d’autres activités et bla et bla et bla), dans un monde où l’on compte encore sur elles pour les enfants, pour s’arrêter de travailler, où les femmes ont moins de droits,  des salaires moins importants que les hommes, moins de promotions (le premier qui parle de promo canapé je lui pète sa jolie gueule).

C’est bien d’ouvrir les esprits au fait que les femmes aussi peuvent être cheffe d’entreprise, astronaute et super warrior. Il faut le continuer, et c’est une des raisons qui me fait me lever le matin, une des choses qui m’inspirent beaucoup. Mais il ne faudrait pas non plus tomber dans le « tiens t’as vu y’a bien quelques femmes qui y arrivent ». J’espère que dans quelques années, cela vous paraîtra tellement normal qu’on mette ces femmes en avant, de la même manière et sur le même podium que les hommes, sans avoir à souligner le fait qu’ « en plus c’est une femme » ou « qu’en plus elle est maman » (parce que dans une société plus juste, cela ne devrait pas être un frein pour une femme d’être mère). Cela signifierait que l’égalité existe.

J’espère mes p’tits gars que vous serez sensibles aux histoires de femmes partout dans le monde, de celles pour qui l’accès à l’eau est essentiel car c’est la charge qui leur incombe, de celles qui n’ont pas le droit de disposer de leur propre corps ; de celles qui ne peuvent vivre leurs choix, leur sexualité, de la manière dont elles le souhaiteraient ; de celles dont la décision du mari implique qu’elle puisse ou non faire une compétition de sport, de celles qui sont mariées de force, harcelées, rabaissées, violées.

De celles qui n’ont pas accès à l’éducation et donc à l’émancipation, à celles qui n’ont pas le droit de travailler sans accord de leur mari ou belle-famille, à celles qui ne peuvent pas tenir la main d’un homme dans la rue, à celles qui n’ont toujours pas les moyens d’avoir ni protection hygiénique ni protection pour leur vie sexuelle, de celles qui n’auront jamais de vie sexuelle normale car on a décidé de leur retirer leur clitoris, j’espère que vous saurez ce que c’est le clitoris, où il se trouve et à quoi il sert ;  que le rose est autant pour vous et vos potes que les copines d’à côté ; que vous saisirez  le sens du mot « non » et toute son importance (j’aurais peut-être dû commencer par là).

Je vous écris car je vous aime; que je crois profondément en l’égalité, et que je suis tellement fière d’être femme. Je crois aussi en votre prise de conscience et en son pouvoir. Je vous écris car, depuis petite, je sais que les droits des femmes dans le monde furent, sont et seront un véritable combat. Je vous écris car j’en ai vu des choses bouger pour les femmes, mais pas qu’en bien.

Rien que cette année on a célébré le droit à l’avortement dans un pays (l’Irlande, alors que j’ai bientôt trente ans, oui) et la désillusion de l’Argentine sur le même combat. J’ai vu des femmes sportives de haut niveau se rassembler  – contre un médecin qui avait abusé d’elles – et se montrer la tête haute face à un véritable enfer afin que cela ne reste pas dans l’oubli, que les jeunes filles du monde entier puissent les entendre et osent parler à leur tour, qu’elles ne se sentent pas seules. Et ce ne sont que deux exemples. J’aurais tellement plus à vous dire.

Ces droits mes p’tits loups, c’est l’un des combats les plus chers à mon coeur et au coeur de beaucoup d’autres. Et si on fait notre job avec vos parents, et que notre planète vous laisse vivre votre vie à vous aussi, je souhaite de tout mon coeur que ce combat vous le meniez et le compreniez à votre tour, car on ne réussira pas  sans vous ; pas sans votre compréhension de ce que signifie « égalité ». Avec vos ami-e-s, j’aimerais vous voir embrasser ce pouvoir, le répandre aussi.

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Je vous écris car je ne compte plus les fois où j’ai entendu des commentaires dégradants, et le nombre d’actualités liées aux histoires de femmes qui m’ont plongé dans une colère et une peine incroyables.

Je vous écris car j’ai grandi en pensant que si j’aimais le rose, que je me mettais en jupe ou que si je faisais de la danse classique je serai moins forte, qu’en refusant une partie de moi-même je m’en sortirai mieux. Alors je n’aimais pas le rose, et je ne faisais pas de danse. Ridicule. Comme beaucoup, j’ai mis des années à être à l’aise avec mon corps, et  ce n’est toujours pas gagné, j’ai toujours été fière d’être une femme, de notre courage, de notre diversité, de nos combats ; mais j’ai mis du temps finalement à m’accepter en tant que telle. Je n’ai pas regretté une seule fois d’être femme, mais je revendiquais clairement le choix d’être un brin tomboy. Aujourd’hui je suis plus en phase que jamais avec ma part de féminin, et j’apprécie autant ma part de masculin. Je vous encourage à faire de même.

Je vous souhaite d’avoir l’âme, le talent et la bonté d’un rockeur comme ton père Milhouse, d’avoir le courage à toute épreuve et le sens de la famille de ton père Jo, mais aussi d’avoir la force de vos mères car vous n’imaginerez jamais ce que cet amour implique ni ce que c’est que d’être de notre sexe, même dans un pays « développé ». Car si l’on mesure notre chance,  on sait tout le chemin parcouru et à parcourir.

Je vous souhaite de vous intéresser à l’histoire de vos mamans et des femmes de votre entourage, d’avoir leur bienveillance, de comprendre leur patience, de comprendre que toutes les femmes ont une super woman en elles, et qu’il vaudrait mieux pour votre popotin que vous le captiez assez vite et surtout : que ce soit une fierté, votre fierté.

Je compte sur vos parents pour faire de vous des gars bien, vous ouvrir l’esprit sur les questions liées au genre et à la sexualité et sur moi pour vous passer un sacré savon si vous vous comportez mal (#tatavousaimequandmême).

J’espère que vous laisserez de la liberté à vos amies et possibles petites amies, que vous les soutiendrez, que vous vous battrez pour elles autant qu’elles pour vous et plus encore ; que vous soyez là pour elles quand elles n’oseront pas s’habiller comme elles veulent, que vous soyez là pour leurs chagrins comme leurs réussites, que vous les pousserez à aller plus loin, que vous soyez là pour leur dire qu’elles ont tout le pouvoir du monde en elles, qu’elles sont brillantes, droites, fortes, que le monde leur appartient. 

Et pour tout cela, vous aurez besoin de travailler votre tolérance, votre propre vision du monde qui vous entoure. J’espère sincèrement que vous saurez être patients et respectueux. Pour cela vous aurez d’abord besoin de comprendre que vous pouvez aussi bien être pirate que danseur, que vous avez le droit de vous maquiller si bon vous semble, d’aimer qui vous souhaitez, et que vous n’avez en aucun le droit d’être violents ou insultants envers ceux qui prennent cette liberté. Il vous faudra aussi  comprendre, ou plutôt savoir, qu’il n’existe pas chose telle qu’une « tâche » ménagère qui ne vous incomberait pas sous prétexte que vous êtes garçon, qu’il vous faut avoir pleinement conscience que vous n’avez strictement aucun droit sur qui que ce soit, femme ou homme, et que vous compreniez que si vous avez des droits, il est normal qu’une femme ait les mêmes – et qu’il est donc anormal de ne pas se sentir touché par ce combat, de ne pas se battre pour cette égalité. 

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Simone de Beauvoir

On nous demande chaque jour d’être tout et son contraire, j’espère que vous serez aussi braves que sensibles, et que vous n’en aurez pas peur. Que vous comprendrez qu’en cela réside la force des hommes comme des femmes. 

J’espère que vous saurez ce que signifie le 8 mars, toute l’histoire liée à cette date, et que vous saurez que vos amies, vos mères, vos tantes, vos cousines et soeurs – qui sait- , et toutes ces inconnues autour du monde ont besoin que vous le sachiez.

Qu’elles ont besoin de droits ET de fleurs.

Qu’elles ont besoin que vous pensiez « grand » pour elles, lorsqu’elles n’en auront plus la force et de leur insuffler celle-ci à nouveau en leur rappelant qu’elles vous inspirent.

En leur rappelant que leur combat, c’est le vôtre.

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