3 auteures, 3 livres pour révéler votre force féminine (oui même vous les gars).

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Les combats quotidiens des femmes n’auront jamais eu une telle portée qu’au cours de la dernière année écoulée. Des scandales d’abus sexuels et de la libération de témoignages qui en a découlé à la disparition de grandes figures du féminisme et de l’histoire des droits des femmes, en passant par quelques coups de projecteurs côté culture, le monde n’a eu d’autre choix que celui d’écouter les femmes, de les lire, et pour certains – heureusement – d’essayer de comprendre leur quotidien dans un monde gouverné par des hommes.

La parole des femmes s’est libérée, leur prise de conscience aussi : elles ne sont pas seules, et se révèlent la tête haute. 50 ans après la « libération » insufflée par les mouvements de mai 68, jamais la force des femmes n’aura été aussi mise en lumière, jamais, depuis des décennies, on n’aura autant réfléchi au chemin parcouru et à parcourir.

Nombreuses sont les femmes, d’hier et d’aujourd’hui, à nous avoir épatés et insufflés le courage d’y croire, de parler haut et fort. Il semblait donc normal de commencer cette rentrée autour de trois auteures à lire au moins une fois dans sa vie, et de plusieurs femmes – dépeintes ou réelles mais toutes vraies – pour vous inspirer et goûter à la force des femmes ; celle qui vous accompagne et qui ne demande qu’à être révélée.

♥ N°1 : Nadia Hashimi, La Perle et la Coquille (2014)

La perle et la coquille est certainement l’ouvrage m’ayant le plus marqué au cours des dernières années. Je le cite souvent, le conseille. Pas seulement si vous vous intéressez à la condition féminine dans le monde mais tout simplement parce que ce roman a tout ce qu’il faut pour vous transporter et vous retourner. Impossible de s’arrêter dans sa lecture, impossible de ne pas y réfléchir pendant ni après, impossible je vous dis de rester insensible ou de ne pas être passionné par l’aventure, ou plutôt les aventures dans lesquelles l’histoire vous plonge. Celle en miroir de deux femmes : à commencer par Rahima, jeune fille du début des années 2000 qui vit à Kaboul sous le régime islamique, dont le père est malade, drogué et sans le sou, et qui, n’ayant que des soeurs, jouira de la liberté de « bacha posh » : une tradition qui lui permet de se travestir en garçon et de jouir des privilèges accordés au « sexe fort » – à commencer par le droit à l’éducation – jusqu’à ce qu’elle soit vendue et mariée de force à un maître de guerre. Un destin similaire à celui de son ancêtre Shekiba, un siècle plus tôt, brûlée et défigurée depuis l’enfance que son père traitera comme un garçon avant qu’elle ne soit vendue et ballotée de place en place avec une seule idée en tête : récupérer la terre de son père décédé.

Deux femmes, deux époques, deux destins liés qui se font écho tout en témoignant avec force de la condition féminine en Afghanistan. Deux femmes et un siècle entre elles comme pour appuyer la résistance du pays à changer sa vision sur les femmes, leur position et leurs droits. Le récit est passionnant, vibrant, chaque chapitre racontant Rahima puis Shakiba, sans jamais perdre le fil, et avec l’Afghanistan comme décor.

Capture d’écran 2018-08-17 à 19.05.15.pngNadia Hashimi, l’auteure, a découvert son pays d’origine en 2002 en compagnie de ses parents qui avaient du le quitter dans les années 1970 avant l’invasion soviétique. Depuis, l’histoire et la culture afghanes imprègnent ses livres. La Perle et la Coquille n’échappe pas à la règle et vous fait voyager dans ce pays dont on ne connaît finalement que des images terribles, des noms de villes comme Kaboul, et pour lequel le mot « taliban » retentit dans nos esprits sans qu’on ne puisse vraiment affirmer connaître la vie du peuple sur place.  Avec ce roman, sensible et plein d’espoir, Nadia Hashimi témoigne de la force des femmes et des combats qu’il (nous) reste à mener, elle lève aussi un voile sur la société afghane d’hier et d’aujourd’hui à travers les vies de personnages attachants, aux fortes personnalités.

Profondément intéressée par l’histoire du genre en général, j’ai été intriguée et fascinée par cette tradition encore existante des « bacha posh » (« fille déguisée en garçon »). Pendant et après la lecture je n’ai pu m’empêcher de faire des recherches sur le sujet, de trouver des témoignages. Dans un pays où la naissance d’une fille peut être vue comme un fardeau, certaines familles décident de travestir leur fille en garçon. Seul un garçon peut aider pour certains travaux dehors, seul un garçon peut être seul dans les rues sans être embêté ou salir la réputation de toute une famille, seul un garçon peut tenir le commerce  seul un garçon… peut aller à l’école. Alors on travestit la fille. Personne n’est dupe pour autant. C’est bien qu’une fille peut faire tout cela et que les gens le savent. Soit l’hypocrisie même mise en scène. Mais qu’advient-il de ces filles, à la manière de Rahima, qui ont goûté à la liberté et se la voient reprendre de manière brutale ? Comment se fait le retour à la « condition féminine » ? Le livre amène à la réflexion et vous prend aux tripes.

Je vous invite vraiment à le lire, un coup de coeur et un véritable coup de poing à la fois.

♥ N°2 : Margaret Atwood, La femme comestible (1969)

Capture d_écran 2018-08-17 à 19.04.07On ne présente plus Margaret Atwood. Si ? Même si je vous dis « La Servante écarlate » / «  The Handmaid’s tale » ? Bon, ok. Une petite présentation s’impose.

D’abord poétesse puis romancière et critique, elle est certainement l’auteure la plus singulière que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’ici. Avec une quarantaine d’ouvrages à son actif, elle a reçu de nombreux prix dont un Franz Kafka l’an dernier (2017). Son talent, particulièrement repéré dans les années 1980 déjà, a été remis sur les devants de la scène avec l’adaptation en série tv (sur  Netflix) de son livre « La Servante écarlate » (écrit en 1985), série géniale btw… Oeuvre dystopique, à une ère d’importants troubles écologiques et surtout de totalitarisme chrétien, Margaret Atwood y imaginait un monde où les femmes seraient privées de leurs droits , une société où elles seraient reléguées au rôle de servantes et où leurs corps seraient utilisés, violés, bafoués dans l’unique but de la procréation (je résume pour vous situer là, mais on en reparlera). La série a été diffusée pour la première fois à l’heure de l’élection de Trump ce qui a eu un écho bien particulier, qui résonne encore aujourd’hui. Car là est toute la force de Margaret Atwood : écrivaine engagée, elle raconte avec pugnacité ce qu’elle appelle des « fictions spéculatives ». Rien n’est vraiment inventé, ce qui est couché sur le papier a existé elle ne fait que forcer le trait sur les tendances pré-existantes de nos sociétés. C’est simple le New Yorker l’a même nommée « prophétesse de la dystopie ». Ses romans invitent à réfléchir sur de telles sociétés et leurs possibles : jusqu’où certaines idées peuvent-elles nous entraîner ? avons-nous déjà un pied dans cette société dystopique décriée? Certains, écrits il y a des décennies déjà comme la Servante Ecarlate, nous apparaissent comme terriblement actuels. Ainsi, l’auteure et cet ouvrage en particulier sont devenus un véritable symbole dans la lutte pour l’émancipation féminine. En témoignent, à travers le globe, les nombreuses manifestantes vêtues à la manière des fameuses « servantes » pour clamer leurs droits, comme ici aux Etats-Unis  d’Amérique ou plus récemment en Argentine et au Brésil.

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©AARON P.BERNSTEIN / REUTERS

La femme comestible (ou « The edible woman ») fut son premier roman. C’est l’histoire de Marian, une jeune Torontoise fraîchement diplômée, tout juste fiancée à Peter, un jeune avocat prétentieux, et employée dans une maison de sondages auprès des consommateurs, dans un monde où les femmes n’ont pas de place importante au travail, et attendent uniquement l’heure du mariage. Margaret Atwood nous raconte ici, tantôt à la première tantôt à la troisième personne, l’histoire d’une jeune femme en rébellion contre son destin dans un monde de consommation et de traditions bien pensantes ; c’est l’aliénation de la femme par les codes de la société, un bouleversement des valeurs qui conduit à celui de son corps et de son esprit. Chez Marian, son refus inconscient d’être emprisonnée dans une vie qui n’est pas sienne, se traduit par une sorte d’anorexie mentale. A l’aube de son mariage, toute nourriture lui devient impensable.

Si on aime Margaret Atwood, on se plonge dedans par curiosité (on lui doit bien ça!) ; si on ne la connaît pas on plonge dedans pour découvrir son imagination débordante ou comment avec un humour toujours grinçant elle parvient à faire une satire de la société de consommation et la place des femmes alors que l’essor du féminisme en était à ses prémices.

Info : Margaret Atwood sera en visioconférence lors du prochain Festival America qui se tiendra à Vincennes du 20 au 23 septembre. Sur la thématique « féminine » on vous invite à découvrir les débats autour d’auteurs sur la place des personnages féminins dans la fiction ou encore sur la manière dont les récentes affaires d’abus sexuels ont pu être traitées dans les oeuvres et comment l’écriture peut elle être un moyen de lutte efficace. Plus d’informations sur le site du festival.

♥ N°3 : Svetlana Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femme (1985 / 2004).

« Le combat est engagé (…) L’ordre est donné : « En avant ! Pour la Patrie ! » mais ils ne bougent pas. (…) J’ôte mon bonnet pour qu’on voie bien que c’est une fille qui se porte en avant… Alors, tous se sont levés, et nous sommes montés à l’assaut ». – Extrait de La guerre n’a pas un visage de femme.

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Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son oeuvre, Svetlana Alexievitch est écrivaine et journaliste biélorusse. Sept ans, c’est le temps qui lui a été nécessaire pour recueillir des témoignages de femmes osant enfin prendre la parole après des années de silence sur leur vie, leurs engagements et leurs pertes durant la Seconde Guerre Mondiale. La guerre est loin de n’être qu’une affaire d’hommes, comme le souligne cette oeuvre. Nombreuses sont les femmes russes à avoir été envoyées au front, à avoir pris les armes ; et ce pan d’une des périodes les plus terribles de notre histoire est révélé dans cet essai documentaire. Exerçant différents métiers militaires à l’époque, de nombreuses femmes racontent  ainsi à Svetlana Alexievitch leurs expériences de guerre. L’auteure y explore la notion très personnelle de vérité, d’intimité aussi.

En 1985, l’ouvrage a connu une importante censure dans la désormais ex-URSS. De nombreux passages, supposés ternir l’image de la femme héroïque russe, avaient été retirés (puis rajoutés par la suite). Cela n’empêcha pas ce puissant récit d’atteindre les deux millions d’exemplaires dès la fin des années 1980. Lors de la réédition et traduction française en 2004, l’auteure y annote ses réflexions quant aux passages précédemment supprimés par elle ou la censure, ce qui se révèle intéressant.

Les témoignages nous dévoilent tour à tour le courage, l’apprentissage difficile des armes, mais surtout le quotidien au milieu de l’horreur (la nourriture, l’hygiène notamment lorsqu’elles font face à leurs règles). Les femmes y partagent leurs préoccupations et sentiments. Ceux de femmes à la force incroyable, ayant eu à passer de l’amour à la haine, et d’utiliser sa puissance destructrice. Ces femmes qui ont eu à sauver mais aussi à tuer, ces femmes aux vêtements trop grands, aux sacs trop lourds, ces femmes, souvent très jeunes, qui ont souvent tout abandonné, tout perdu, mais qui ont aussi parfois su trouver l’amour dans l’obscurité. C’est aussi l’après-guerre et la honte, les traitements scandaleux, leurs interrogations sur leur avenir et cette « époque perdue » de leur vie. 

C’est leur guerre, cette guerre au féminin qu’elles racontent. Et c’est aussi émouvant que révoltant.

A voir également : la série documentaire éponyme, en sept épisodes, avec et par Svetlana Alexievitch elle-même.

6 réflexions sur “3 auteures, 3 livres pour révéler votre force féminine (oui même vous les gars).

    • Mallorie Lowenda dit :

      Oui, un vrai effet coup de poing ! 🙂 Pour info, l’auteure a été interviewée pour le prochain documentaire de Yann Arthus Bertrand et Anastasia Mikova qui s’appelle « Woman ». Cela sortira en salle à la « rentrée » 😉 pour connaître l’équipe, ça vaudra le détour je pense. Si vous avez d’autres idées lectures n’hésitez pas. merci pour votre commentaire !

      Aimé par 1 personne

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